Rencontre sur le Mékong

vendredi 18 janvier 2013

HATHA-YOGA-PRADIPIKA Un ouvrage fondamental


Energies vitale et mentale en vue de la Libération


Il faut lire la Hatha-yoga-pradipika  sans perdre de vue qu'il s'agit de la transcription écrite d'un enseignement oral. Cet enseignement est attribué à Goraksanâtha[1] (un des fondateurs des Nâtha-yogin). Rien n'est développé. Le style est lapidaire comme celui d'un aide-mémoire. Un certain nombre de pratiques ne sont vraisemblablement pas indiquées : elles ne peuvent être révélées que par un maître.
Swami Brahmânanda (XVIIIe s.), Swami Satyananda (XXe s.) qui ont commenté cet ouvrage  sont de ceux-ci. Ils ont guidé notre propos.



1/ Situation de la HYP par rapport à d'autres ouvrages – dont les Yoga-Sutra  
- La science du hatha yoga, sous sa forme systématique, apparaît en Inde dès le VIe  siècle.
- Les Yoga-Sutra : avant J.-C. ou après (autour des IIe, IIIe ou même plus tard)
- Bouddha : VIe au Ve s. av. J.-C. Méditation non techniquement "préparée" : surtout conscience de la respiration. Rôle de la "vigilance" et de l'éthique dans les actes les plus quotidiens.
- Mahavir, fondateur de la secte Jaïn : contemporain de Bouddha.
- Hinayana : 500 ans après le Bouddha. Système orthodoxe. Puis Mahayana, plus libéral, qui introduit le tantra et donne naissance au Vajrayana, intégrant les relations sexuelles (sectes tantriques). Naissance du tantrisme : IVe s. Apogée : environ VIIIe s.
- Du IV au VIe s., des yogi (Matsyendranâth, Gorakhnâth), séparent de l'ensemble le hatha yoga et les pratiques tantriques qu'ils élaguent. La purification du corps (au sens large) devient alors un préalable essentiel, propre au Hatha yoga. C'est Swâtmârâma qui compila la HYP
- Le Goraksha-Sataka et le Hatha-yoga (texte perdu) sont datés approximativement du Xe s.
- On situe la HYP aux environs du XVe s. Elle se réfère cependant à un ouvrage disparu datant du XIe s.
- La HYP n'invente rien mais reprend autrement ce qui était déjà connu depuis très longtemps. Elle est écrite avant un bon nombre d'ouvrages dont les deux principaux sont la Gheranda-Samhitâ et la Siva-Samhitâ. Elle élude toute prescription de type moral (= yama et niyama de Patanjali). Notons que ces prescriptions qui se veulent avant tout des garde-fous  moraux risquent de conduire à un désordre psychologique : le yogi développant la maîtrise de son corps et son mental risque de se trouver très vite dans un état de conflit (bien / mal) pouvant le conduire à des états schizoïdes. Mieux vaut assainir le terrain par des purifications du corps et du psychisme. Les shatkarma puis les âsana, les prânâyâma, permettront l'éveil des chakra et l'Eveil tout court.

2/ Liens avec le "kundalini-yoga"
Le Hatha-yoga est la méthode qui mène à ce que le tantrisme visait déjà (voir plus loin) : l'émergence de la kundalini consistant à transmuter la nature à partir de la matière (le corps) par l'éveil de l'énergie endormie (Shakti[2] – comme un serpent enroulé sur lui-même : "kundalini" = "celle qui est lovée") s'élevant depuis la base jusqu'au sommet de la colonne vertébrale, jusqu'à son époux (Shiva, la Conscience) pour s'unir avec lui.[3]

Le hatha-yoga est non seulement l'union du prâna et du mental mais du prâna, du mental et du Soi.
L'union d'idâ (force -) avec pingalâ (force +) et sushumna (neutre) se produit dans âjnâ chakra. Quand cette union a lieu il se produit un éveil instantané dans mûladhârâ chakra, siège de la kundalini shakti. Le but du hatha-yoga est de faire monter et demeurer la kundalini dans le sahasrâra chakra. La stabilisation de la kundalini à cet endroit est le yoga. S'est alors réalisée l'union ultime de Shakti avec Shiva, conscience suprême, transcendante, dont le siège est dans le sahasrâra. Sushumna est la voie traversant les chakra jusqu'à âjnâ où elle s'unit à idâ et pingalâ, après avoir traversé 3 points critiques (granthi) sis dans mûladhârâ, anâhata, âjnâ chakra.

Dès lors on comprend que ce yoga vise à transformer le corps grossier en un corps divin incorruptible, en un "diamant-foudre" (vajra-rûpa), comme dit le bouddhisme tantrique. Ou, dit autrement, il s'agit de réaliser la Libération dans ce corps même – considéré comme le temple abritant le divin ( = toutes les énergies de l'univers).

Avant cela l'éveil des chakra doit d'abord se produire parce qu'ils sont des points de jonction permettant à l'énergie de passer. On le verra, il faut aussi avoir purifié les nadis, en particulier sushumna par où doit monter cette énergie.

L'essentiel : avant la libération, union dans le sahasrâra de la kundalini shakti avec la shiva shakti, il convient de purifier nâdi et chakra.

Quelles sont les deux énergies primordiales ?
Ha = mental, énergie mentale - soleil     /       Tha = prâna, force vitale - lune
Hatha yoga = union des forces prânique et mentale provoquant l'éveil de la conscience supérieure.

Les deux principes créateurs sont :

Prâna shakti    = force vitale ("shakti" = "énergie") ; vie.
Manas shakti    = force mentale ("shakti" = "énergie") ; conscience.


Quand ces deux énergies interagissent, la création commence à se déployer. Quand elles sont séparées la création entre en dissolution. La matière est vivante et consciente – ou potentiellement consciente.
De  ce point de vue tout est vivant.
Quand prâna shakti domine manas shakti – ou l'inverse – des maladies surviennent. Le yoga vise à créer une harmonie entre ces deux grandes forces.
L'esprit n'est pas différent du corps. A un niveau d'existence on voit l'un, corporel. A un autre niveau on le voit sous une autre forme, en tant que mental.
La matière peut se transformer en énergie et vice versa. Le corps peut se transformer en esprit et inversement. C'est le jeu de maya. Le corps est la manifestation dense de la subtile shakti, polarisée en prâna shakti et manas shakti.
Correspondance de ces 2 réalités dans différents systèmes :


yoga
tantra
hatha yoga
physique
taoïsme
conscience (manas shakti)
purusha
Shiva
pingalâ +/ Ha
énergie
yang
vie (prâna shakti)
prakriti
Shakti
idâ - / Tha
matière
yin


L'essentiel : l'énergie vitale (prâna shakti) et l'énergie mentale (manas shakti) sont à l'origine de toute vie. De leur équilibre dépend le nôtre. Esprit et corps sont deux apparences d'une même réalité.

3/ Liens avec le tantrisme
Le tantrisme s'est étendu à l'Inde vers le IVe siècle. Ce mouvement se réclame de la paternité de Shiva.
Rappel : l'idée de base qui rattache le tantrisme à d'autres cultes ésotériques (nés du Védisme) de la vallée du Gange ou de l'Indus est celle de la chute, de la dégradation de l'énergie dans la matière. En Inde, le tantrisme, essentiellement d'obédience shivaïte, voue un culte à la Shakti et vise l'éveil de la Kundalini. Il a donc pour objectif un dépassement de notre condition par l'union avec l'Energie originelle et prend comme "carburant" les énergies que notre corps met à disposition.
On a suffisamment d'écrits sur le tantrisme[4] pour ne pas en reprendre ici les fondamentaux. Il faut cependant noter que cette voie utilise toutes les énergies, y compris celles des passions et des désirs. L'obstacle se fait instrument de salut. De plus le monde est l'expression réelle de la manifestation de Shiva. Mâyâ est la shakti de Shiva – sa puissance de manifestation. L'illusion est relative non à l'existence de ce monde, bien réelle, mais à la manière dont nous le percevons. Le monde et tout ce qu'il contient doivent être considérés comme divins. Mais l'homme perçoit seulement le jeu de Shakti et sa véritable nature lui échappe. Le yogi éveillé, unifié au Brahman, "est censé découvrir l'aspect shaktique du Suprême. L'univers lui apparaît animé, saturé, illuminé par Sat-chit-ânanda. Il contemple une seule Existence dans toutes les existences, une seule Conscience dans toutes les consciences, et dicerne la présence de l'infini dans le fini, de l'éternel dans le temporel, de l'absolu dans le relatif." (HYP, p. 64).
Avant d'aborder les pratiques tantriques, il convient de pratiquer le Hatha-yoga qui éliminera les impuretés menant à l'échec. De ce point de vue, et on le voit constamment dans la HYP, le corps n'est pas une entrave mais l'instrument le plus efficace de la sâdhana. La Réalité ultime n'est pas un principe abstrait, extérieur : elle réside en lui. Il doit donc la chercher en lui, c'est celle-là même qui sous-tend tout l'univers. Les principes qui régissent le corps (plus exactement nos corps[5]) et le cosmos sont les mêmes.

L'essentiel : le tantrisme fait du corps l'instrument de la libération comme le hatha-yoga qui en assure le nettoyage préalable  nécessaire.


4/ Le but (contenu dans la HYP) est donc de mener à moksa, la libération : mais comment ?
Le hatha-yoga est à considérer comme une pratique préparatoire au râja yoga, à la méditation avec le but de purifier le corps et ce qui s'y rapporte directement. Il s'agit de préparer l'accès à des états supérieurs de conscience jusqu'à l'ultime état : la libération.
Comment ? En unifiant l'être - souvent fractionné -, en vivant d'abord au niveau des corps les plus "grossiers" (ce terme est sans nuance péjorative) puis en créant une harmonie suffisante entre ces corps et les plus subtils, pour que disparaisse tout conflit. Alors seulement peuvent être envisagées la maîtrise du mental et les disciplines, sans craindre la naissance de graves troubles de type schizoïde[6]. La discipline du corps est moins difficile que celle du comportement et ne risque pas de créer une lutte contre le mental qui débouche toujours sur la haine de soi-même. De plus, morale et éthique ne sont pas concernées. Se rattachant plus à la religion qu'à la spiritualité, yama et niyama (points de départ des systèmes bouddhistes, jain et du raja yoga de Patanjali) sont éliminés. Le principe antithétique bien-mal, philosophique ou religieux, n'est d'aucun secours sur le plan spirituel (point de vue exprimé par Swami Satyananda).

Le processus de libération que propose la HYP : les shatkarma précèdent donc les asanas[7] (chapitre I) et le prânâyâma (chapitre II). Discipliner le corps c'est aussi intervenir sur les éléments subtils qui le constituent (tattvas, nadis…) Suit alors la pratique des mudra et des bandhâ (chapitre III) jusqu'à pratyâhâra, dhâranâ, dhyâna et samâhdi (chapitre IV).

Reprenons le processus dans l'ordre :
  • D'abord : purifier, nettoyer…
Le hatha yoga est donc purification orientée vers "l'estomac, les intestins, le système nerveux et les autres organes". Il existe 6 formes de purification, les shatkarma (= "6 actions") en vue de se débarrasser de 6 types d'impuretés. Ces 6 kriya sont : dhauti, basti, neti, trataka, nauli, kapâlabhati. Cœur, système nerveux sont concernés par la méditation. Les blocages doivent être éliminés pour permettre la libre circulation de l'énergie. C'est pourquoi les 6 kriyâ sont nécessaires.
Les shatkarma sont importants puisqu'ils purifient le corps des 3 formes de déséquilibre dans l'organisme (mucus, fermentation et acidité). Rappelons que la médecine indienne ayurvédique dénombre 7 substances organiques (les dhâtu) et 3 humeurs (tridosha) dans le corps : kapha (mucus – ou flegme), pitta (bile) et vâta (vents)
Excès de l'une, manque de l'autre provoquent des troubles. Réduire les amas graisseux, éliminer les mucus encombrants, les gaz de l'estomac et des intestins sont des préalables – entre autres au prânâyâma.
Les kriyâ permettent une purification qui mène à la stabilité le prâna et le mental (toujours fluctuants et en mouvement – cf. plus loin). Ainsi la concentration devient possible. La concentration est difficile : elle est la conscience ininterrompue d'un seul point, d'une seule pensée. Elle doit être continue et stable.
Les nadis fonctionnent alors et les blocages énergétiques sont levés. L'énergie se déplace librement dans tout le corps – y compris le cerveau. Un équilibre est créé. La force centrale (de la sushumna nâdi) peut s'éveiller.

L'essentiel : la HYP préconise d'abord un nettoyage, une purification préliminaires et nécessaires à tous les autres yoga. Avant la maîtrise du mental ou les observances de type moral : d'abord les nettoyages physiologiques avec les kriyâ. C'est la 1ère étape vers la Libération.

"Purifier les nâdi" est donc une étape primordiale nécessaire. Mais qu'est-ce que cela signifie ?
On l'a vu : Shiva, la pure Conscience qui englobe tout, est inconcevable sans l'énergie de Shakti, souffle de vie qui l'anime (cf. dans notre tradition "anima", l'âme). Shakti se manifeste en nous d'abord comme prâna. Nous en approchons grossièrement la réalité au travers de la respiration qui conditionne nos états physiologiques, émotionnels et mentaux. Le yogi peut en percevoir l'état subtil grâce aux nâdi : ce sont les fines ondes de prâna qui nous parcourent comme des fils lumineux, vibrants et chauds. Le linga shârira (corps subtil) est un véritable réseau tissé de milliers de ces nâdi. Le hatha-yoga s'intéresse à 14 nâdi (la tradition en dénombre de 72 000 à 350 000, suivant les textes)
Lorsque le yogi avancé prend conscience d'idâ et de pingalâ, il constate qu'à certains endroits les nâdi semblent s'effacer : l'énergie ne passe pas. Sur le plan grossier ce manque de fluidité est ressenti sous forme de blocages, de tensions physiques, émotionnelles, mentales.

Il ne faut pas pour autant imaginer les nâdi comme des tuyaux qui s'encrasseraient. L'idée de nettoyage nous impose celle de saleté. Le domaine du yoga n'est pas celui de la plomberie ! L'impureté dont il est parfois fait mention n'est pas morale non plus. Il s'agit plutôt de déséquilibres énergétiques (autant au niveau grossier qu'au niveau subtil) provenant du jeu des dualités : côté lunaire l'emportant sur le côté solaire; centres du bas l'emportant sur ceux du haut.[8] Les "impuretés obstruant les nâdi" ce sont les résidus mentaux, les désirs accumulés.

L'essentiel : purifier les nâdi revient à mettre fin aux blocages énergétiques sur les plans physique, émotionnel, mental.
  • Après les nettoyages, le prânâyâma. Quel est son rôle dans cette quête de la Libération ?
D'après l'auteur "il est nécessaire d'effectuer ces exercices préparatoires en premier. Ensuite on peut aller plus loin. Si la préparation est parfaite, il est nul besoin qu'on vous enseigne la méditation. Un beau matin, pendant que vous pratiquez le prânâyâma, votre mental sera élevé à une nouvelle sphère de conscience."

Quand les kriya ont débarrassé le corps de ses impuretés, quand ils ont permis aux structures énergétiques de s'équilibrer, de se stabiliser, le prânâyâma va lui aussi réaliser un équilibre mais à un niveau plus subtil : celui du mental. La concentration deviendra alors possible, puis les stades ultérieurs menant à la méditation. C'est dire que le prânâyâma  va jouer un rôle essentiel dans la sâdhana puisque c'est par lui (en lien avec les âsana) que va s'opérer l'éveil des chakra.
Le prâna est la force vitale, énergie subtile cosmique omniprésente, manifestation tangible du Soi[9] : le prânâyâma est le processus par lequel est accrue cette énergie en soi au niveau des différents corps.
La respiration est un moyen d'absorber du prâna (manger également) ; les techniques respiratoires permettent de déclencher des vibrations d'énergie qui interviennent sur l'intégralité de l'être.
Prâna et mental sont indéfectiblement interdépendants. Calmer l'un c'est calmer l'autre. La respiration est liée au système nerveux central et avec l'hypothalamus (siège des émotions). En disciplinant le souffle on réorganise tout l'organisme - à commencer par les ondes cérébrales. La durée des rétentions (=assimilation du prâna) réduit l'agitation mentale – donc facilite la concentration exigeant de la stabilité et permet l'accès à des zones plus profondes.
Le prâna s'accumule en 7 centres principaux, dans le corps subtil, le long de la colonne vertébrale. Ce sont les chakra, masses d'énergie tourbillonnante, points de jonctions de nombreux nâdi : mulhâdâra-chakra, svâdisthâna-chakra, manipûra-chakra, anâhata-chakra, visuddha-chakra, âjnâ-chakra, sahasrâra-chakra. Quand ce dernier est activé par la kundalini, la plus haute expérience de l'évolution humaine est atteinte (S. Satyananda).
Le hatha-yoga stimule les chakra et élimine les blocages, sources de mal être et de maladies.
Les exercices, dont nâdi sodhana (rythme 1-4-2), ont pour but de purifier les nadi.
Quand le souffle s'écoule naturellement par les 2 narines, c'est que la sushumna est active. Le souffle alterne d'idâ à pingalâ à peu près toutes les heures. Le cerveau alterne aussi son activité (droite – gauche) à peu près toutes les heures.
Narine gauche libérée -> idâ -> hémisphère droit (intuition, créativité)
Narine droite libérée -> pingalâ -> hémisphère gauche (logique)
L'essentiel : le prânâyâma agit au niveau du mental. Il nettoie les nadi, permet la concentration, la mise en harmonie des chakra  indispensable à la libération.
  • Rendre prâna et manas (= le mental) inactifs
La pratique yogique vise à faire retourner le sujet à l'état non manifesté en abolissant la citta (= principe de l'activité psychique). Ou, si l'on préfère, d'arrêter les activités de l'esprit au profit d'un état suprasensoriel. Prâna et manas doivent cesser de fonctionner pour que le Soi se révèle. C'est la délivrance. Le manas est incapable de rester un moment immobile ; "l'infinie variété des mouvements de l'esprit n'est rien d'autre que le résultat des constructions mentales" (Yoga-vasistha-râmâyana, cité dans HYP IV, 58)
Le yogi doit imposer silence au mental et à la respiration ordinaire[10] afin d'atteindre le calme absolu dans lequel se reflète la plénitude de l'Etre. Cette contemplation est nirâlambasans support. L'isolement parfait (kaivalya) est atteint. Le yogi a perdu son identité, son existence propre, il est alors absorbé dans le Soi, il s'est dissout dans l'âtman. Cette extinction (nirvâna) offre les apparences d'une mort. En abolissant tous les vritti qui animent un psychisme normal, le yogi en samâhdi fait coexister des états en principe inconciliables : vie et mort, durée et éternité, corporéité et délivrance. Le manas n'est pas pour autant détruit : il est différemment, absorbé dans l'âtman. Le citta existe dans son mode le plus élevé : la connaissance conceptuelle de type dualiste, responsable de l'émergence du monde phénoménal, cède alors la place "à l'intuition spirituelle immédiate (prajnâ) qui est retour du citta à sa source indifférenciée et autorévélation du Soi, de l'unicité de l'Etre." (HYP p. 44)

L'essentiel : le samâhdi s'atteint lorsque le yogi a mis fin au manifesté que caractérisent prâna et manas.




[1] Ou Gorakhnâth en hindi. Ayant peut-être vécu au VIIe s. et vénéré aussi au Népal, au Tibet. Ses adeptes recherchent un corps de diamant (rôle de la médecine ayurvédique).
[2] Shakti avec S majuscule est la "personnification" (déification) de shakti qui a le sens d'"énergie".
[3] On sait qu'avant l'émergence d'un nouvel univers, Shakti, intégrée à Shiva, porte en elle les samskâra, vestiges karmiques des mondes précédemment créés. Lorsque surgit une nouvelle manifestation, la puissance divine (Shakti) s'éveille est procède à une nouvelle création (décrite dans le Sâmkhya). Cela fait, Shakti se repose, redevient une puissance latente (ucchista).
[4] Voir pp 49 à 75, la préface de la HYP chez Fayard,  Les Cahiers de Yoga 7, n°10 sept.-déc. 2007 et le Cours n°3 distribué.
[5] L'âtman possède 3 corps : causal (kârana-sharîra), subtil (sûkshma-sharîra), grossier (sthûla-sharîra). C'est d'ailleurs pourquoi il est appelé jîvâtman = "être incarné".
[6] Repli sur soi, perte du sens de la réalité.
[7] La HYP en décrit 15. Hormis la santé du corps les âsana, liés à la respiration, aux contractions, etc. activent les différents prâna, ouvrent les chakra. Cela ne se fait pas mécaniquement mais si la conscience intervient.
[8] Nous recherchons systématiquement (et souvent inconsciemment) à renouveler les expériences ressenties comme agréables, donc à entretenir certaines tendances sur les plans physique, émotionnel, mental. Cet attachement crée nos répulsions, nos colères, bref, tout ce qui nous empêche de vivre tout avec la même égalité d'humeur, voire le même détachement. L'énergie ne passe pas en nous de manière fluide : elle se heurte à nos "aspérités", tourbillonne, se bloque, se déchaîne parfois brutalement. Il s'agit encore là d'images mais le résultat est que nous sommes malmenés : par nos émotions, par les conceptions diverses que nous nous créons sur tout (jugements divers, croyances, etc.) et, au final, par la maladie. Nous sommes perturbés sur les trois plans… et notre souffle en est un signe manifeste. Tant que durent ces perturbations, ces vritti patanjaliens, il nous est impossible d'atteindre l'immobilité dans le prânâyâma.
C'est pourquoi les textes, comme ici la HYP, mais aussi beaucoup d'autres sont prolixes sur cette purification indispensable des nâdi avant une pratique du prânâyâma. Tous s'accordent à affirmer, comme le fait Goraksha (voir note 1, sloka 95) : "C'est quand l'ensemble des nâdi (qui sont normalement obstrués) est purifié, que le yogi peut réellement obtenir la capacité à maîtriser les souffles".
[9] Le prâna se divise en 10 souffles dont 5 "majeurs" (= courants d'énergie vitale) : prâna (respiration; déglutition); apâna (excrétion, éjaculation, menstruation, sudation, accouchement); samâna (digestion, assimilation); vyâna (sang, lymphe, nerfs, mouvement des membres); udâna (parole).
[10] Apparaît une sorte de "respiration intérieure" proche de la "respiration embryonnaire" chinoise.

                                                                                                                         G D




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