Rencontre sur le Mékong

vendredi 18 janvier 2013

LES VEDA, L'HINDOUISME... Pas si compliqué !

Des Veda aux Upanihad . Fondements historiques


Tentative de présentation d'une "jungle" sous forme d'un "Jardin à la française"...




1/ Les peuples indo-européens

Deux grandes théories :
- la traditionnelle (Dumézil). 1ère langue identifiée : le Hittite vers 1600 - 1200 avant JC puis l'indo-iranien qui a donné naissance au persan et au hindi.
Des peuples de culture kourgane seraient partis de la région Oural-Caspienne-Mer Noire en 3 vagues vers l'Inde et l'Europe. Ils seraient entrés en contact avec les peuples de la "vieille Europe" entre 4000 et 3000 av. JC. Lutte puis fusion. D'un côté les arrivants (cheval, guerriers, structure patriarcale). De l'autre : agriculteurs, société égalitaire, pacifique.

- la nouvelle (John Brough). La migration d'un peuple depuis l'Asie centrale est infirmée. Le foyer des langues indo-européennes se situerait non au nord mais au sud de la Mer Noire, à l'est de la Turquie actuelle, dès le néolithique (vers 9000 av. JC). Passage de chasseurs-cueilleurs à agriculteurs-éleveurs : lente extension vers l'est et l'ouest. Europe atteinte vers 7000 av. JC et ouest et nord Europe, vers 3000 !

Les Hittites : vers 1600 – 1200 av. JC. Actuelle Turquie (Anatolie). La plus ancienne civilisation connue d'Asie Mineure. Puissance égale à celle de l'Egypte. Composée de peuples très divers. Pictogrammes. 10 000 tablettes découvertes et déchiffrées en 1917 (pas ttes traduites). Même race que les Aryens de l'Inde ou de l'Iran et que les Achéens.
Leur empire disparaît sauf quelques cités qui résistent aux Assyriens.
S'imposent ensuite les Achéens (premiers Grecs)

Les Aryens, guerriers nomades indo-européens, opposent leur idéologie de conquérants à celle des agriculteurs de la vallée de l'Indus. (vers 1500 av. JC)

2/ La religion védique
Ce nom désigne un ensemble de croyances et pratiques trouvées dans le Veda (= "savoir", "science") : ensemble d'Ecritures sacrées rédigées en sanskrit archaïque à des dates indéterminées (de 1800 à 800 av. JC – D'autres dates sont proposées, beaucoup plus éloignées…)
Nous ne savons presque rien des peuples concernés. Que des textes. Archéologues découvrent Mohenjo-Daro détruite vers 1600 av. JC. Lieux : Penjâb, Cachemire, Turkestan, au croisement des frontières de la Chine, Russie, Inde, Pakistan.

LE VEDA
Il est composé de plusieurs textes de la tradition brahmanique (plusieurs familles liturgiques) qui ont été assemblés car unité. Mais le Veda n'est pas un ouvrage composé à la façon d'un livre unique (cf. les 4 évangiles !).
L'ensemble est censé avoir été "révélé" par le brahman à des rishi ("voyants") et les textes forment la Shruti (par différenciation à la Smriti, post-védique, = "mémoire / tradition", littérature plus accessible, plus populaire mais de grande valeur)

L'ensemble, transmis oralement, aurait été codifié puis compilé par Vyasa – un sage ou un groupe de plusieurs savants de l'époque.

Les textes sont répartis en 4 grandes sections :
. Rg –Veda : le savoir sous forme de stances
. Yajur-Veda : formules liturgiques
. Sâma-Veda : mélodies liturgiques
. Atharva-Veda : savoir sous la forme propre à une certaine classe de prêtres.

Les 3 premiers groupements sont très liés mais chacun des 4, séparément, couvre l'ensemble du culte vu sous un angle particulier. Chacun est complet.

C'est pourquoi on a reclassé autrement, en séparant par ex. la poésie de la prose.
Classification usuelle :

- Samhitâ : collections poétiques.
- Kalpasûtra : traités rituels en prose
- Brâhmana : recueils en prose commentant les précédents, prolongés par les…
- Âranyaka : recueils commentant des cérémonies mineures, et les…
- Upanishad, textes en prose ou envers voués à la spéculation théologique.

Analyse rapide de ces 5 ensembles :
- Les Samhitâ :
. La Rgveda-Samhitâ (on croise ainsi les termes pour préciser dans quelle des 4 grandes sections on puise tel ou tel type de recueil) est considérée comme la partie la plus sainte du Veda. 1028 hymnes, 10462 stances réparties en 10 livres (ou mandala = "cercles"). Prouesses de Dieu, en référence constante à la mythologie.
. L'Atharvaveda-Samhitâ. Prières magiques (gagner l'amour d'une femme, se protéger de la foudre, etc.) ;  et hymnes spéculatifs. Poésie savante et non folklore.

- Les Kalpasûtra : courts aphorismes reliés les uns aux autres de façon à former une chaîne, un fil (= sens 1er de sûtra) aisé à mémoriser. Aide-mémoire nécessitant des explications donc un maître.

- Les Brâhmana : textes voués à l'exégèse de la liturgie mais tout aussi sacrés que les autres. Textes concernant le brahman… Donc théologiques et non exclusivement techniques : par ex. il ne s'agit pas de dire comment on doit allumer le feu mais pourquoi…

- Les Âranyaka ("forestiers"): plus courts. Textes magiques à étudier loin des villes. Sorte d'ésotérisme confirmé par le caractère "gnostique" affranchi de la simple justification du rituel.

- Les Upanishad : textes les plus connus en Occident. Anquetil-Duperron : 1802 publie les 1ères en latin. Courts textes (jamais + de 100, souvent moins de 20 pages) : établissent une métaphysique fondée non sur raisonnement logique (sens aristotélicien) mais sur l'intuition intellectuelle. On aboutit à une équation : âtman = brahman.
Celles de l'époque védique sont une quinzaine (Taittiriya, Kena…)
Les 200 autres ont été écrites plus tard (la Sadvidya U. expose l'enseignement de Râmana Maharshi, mort en 1951)

·      Mythologie indo-européenne
Le sanskrit est langue sœur de l'iranien, du grec, du latin, des dialectes celtiques, germaniques, scandinaves, slaves, etc. on peut inférer que les croyances et pratiques des premiers Indiens sont sœurs des pratiques et croyances des autres peuples.

De fait, le nom du dieu védique Mitra se retrouve en Iran (Mithra), celui de Dyaus Pitar en Grèce (Zeus Pater) et à Rome (Jupiter)…
Les structures mythiques calquées sur les structures sociales (3 fonctions : autorité spirituelle, pouvoir temporel, production de biens économiques) sont les mêmes dans tout le domaine indo-européen (avec adaptation géographique, ethnique… Cf. Islande et Bengale !...) Matériel de recherche mince : d'où les polémiques. Cf. Dumézil. Mais cet aspect (religion védique) ne peut guère être contesté.
Cf. les castes : brâhmanes, kshatriya, vaishya, shûdra.

·      Mythologie védique
- très complexe. Dieux innombrables. Hiérarchie peu claire. Si contradictions : dues à la chronologie (ex. ci-dessous)

- Asura et deva
. asura (< asu = force vitale, souffle de vie) signifie "puissant" : dans la Rgveda-Samhitâ (et l'Avesta iranien) :dieux de majesté : Varuna, Agni, Dyaus Pitar, Rudra… Puis, par la suite, sont devenus les ennemis des dieux (donc des deva, = célestes), en tout cas leurs rivaux. Alors que la tradition iranienne tient les deva pour des démons. La
Rgveda-Samhitâ salue Indra comme "tueur d'asura" ! (Hymne 6, 22, strophe 4)

- Les Âditya
Equipe hiérarchisée de dieux : Mitra, Varuna, Aryaman, Bhaga, Amsa, Daksa + certains rajoutés plus tard (=12). Les deux premiers sont associés. Expressions suprêmes de la souveraineté avec, pour Mitra, symbolisme solaire et celui du contrat liant les dieux aux hommes dans l'exercice du culte (offrir – recevoir)
Varuna est en lien avec l'élément liquide (eaux originelles…) Un grand nombre de ses prérogatives seront transférées + tard à Shiva, dont la puissance d'illusion (cf. mâyâ)

- Savitar = Sûrya : dieux solaires. Source de vie et d'activité, sage, suit chaque jour le même chemin (sens du devoir). Incite les hommes à agir puis à se reposer (les sacrifices majeurs se passaient aux deux crépuscules). Lien entre rayonnement de Savitar et l'inspiration poétique. Les divinités à caractère lumineux sont associées à l'intuition, l'inspiration, la sagesse.

- Les Ashvin
"Cavaliers jumeaux de l'aurore" semblables aux Dioscures grecs. Fils du Ciel, conduisent un char avec chevaux volants, qu'on aperçoit à l'aube. Ils sont médecins (cf. mythe de la fontaine de jouvence).

- Vâyu
Vent. Compagnon d'Indra. Souffle cosmique, il est l'âme du monde que les upanishad identifieront au brahman. Il donne la vie.

- Indra
On accède avec lui au niveau des dieux essentiels de la religion védique. Les autres dieux sont ses sujets. Proche du Zeus grec. Barbu, colérique, boit l'ambroisie, se déguise pour séduire les mortelles, manie la foudre, fait pleuvoir…
Chef de guerre : il tue le démon Vrtra qui retenait les eaux. Les eaux s'écoulent (cf. mousson). Il hérite des "travaux héroïques" (délivrer l'aurore, etc.)

- Rudra
Chasseur farouche, armé d'un arc. Solitaire, veille sur les troupeaux. L'aspect funèbre de Siva se retrouve chez lui, moins accusé.

- Vishnu
Le nom de ce dieu qui deviendra celui de la divinité suprême dans le brahmanisme classique, apparaît dans le Veda. Apparaît comme nain mais sera capable de mesurer l'univers en 3 pas (en fait : 3 mondes : terre, ciel, espace intermédiaire).

- Agni
Dans le Veda, domine toutes les autres divinités. C'est le feu (cf. latin : ignis) sous ttes ses formes : foyer domestique, incendiaire, liturgique, cosmique, force de vie… La flamme monte. L'éclair partage le ciel. Indra, Mitra et Varuna sont chefs ou souverains des dieux, mais Agni est le médiateur entre les hommes et les dieux et on ne peut se passer de ses services dans l'exercice du culte (offrande brûlée). Ainsi Agni, par ex., porte l'offrande dédiée à Varuna qui l'agrée et la consomme ("par la bouche d'Agni" trouve-t-on parfois). Ce sont des offrandes que les dieux tirent leur force vitale et maintiennent leur immortalité. La prière est alors très secondaire (à peine attestée ds les textes). Pourtant la dévotion apparaît beaucoup ds les poèmes dédiés à Agni. C'est aussi qu'il est toujours présent dès qu'il y a lumière, inspiration. Toute vie est combustion. Ds les Up. l'âme (âtman) est identifiée au feu qui brûle dans le cœur (cf. en Iran la réforme monothéiste de Zarathustra, centrée autour d'Ahura Mazda, tient le feu pour la manifestation essentielle de la divinité et en fait un médiateur essentiel – sans pour autant lui rendre un culte, comme on le croit parfois).
Entretenir le feu domestique, devoir de tout Aryen. Ce foyer est le père de tous les autres feux utilisés. Il assiste aux étapes de la vie sacramentelle : initiations, mariage, funérailles…
Présent dans la nature : éclair et soleil, même dans l'or.

- Soma
Le soma est un breuvage "magique" d'immortalité (rituellement préparé lors de fêtes - jus de plantes) mais apparaît aussi sous forme d'un dieu symbolisant la force vitale (Amrta). Associé à Indra, combat pour lui. Identifié parfois à la lune (forme donc un couple avec Agni) car roi des plantes, donnant la force vitale. Ambroisie, taureau, plante-de-vie, nectar… il est la vie éternelle. Peut connu dans les rites domestiques.

- Déesses ?
Rôle quasi absent, très effacé. Les grands dieux ont une épouse à peine nommée. On connaît Aditi (Nuit), Ushas (aurore). Les eaux sont évoquées comme déesses. La parole aussi : Gâyatrî, la "cantatrice", Suparnî, la "bien ailée", personnification de la force des mots, grâce à quoi toute chose nommée accède à l'être (Cf. Athéna) si on lui adjoint Srî, qui, splendide et rayonnante, surgit du corps de son père ! L'hindouisme post-védique reconnaît en elle Lakshmi, épouse de Vishnu.

- Le reste :
Masse de démons, de monstres ténébreux, ogres, vampires, de génies, inférieurs aux dieux, supérieurs aux hommes. Il y en a partout (terre, air, etc.) Les plus connus : Gandharva et leurs compagnes les Apsaras, très belles, à la recherche de partenaires sexuels (cf. Walkyries).

·      L'au-delà
Le défunt : paradis (lumière, pâturages, palais…) ou enfer (abîme glacé et ténébreux) selon mérites.
Autre point de vue : le sauvé gagne le séjour de sa divinité d'élection ou, mieux, se fond dans le brahman. Celui qui n'a pas suivi la liturgie, les rites, devient un pitar (="père" donc mâne, ancêtre) et, après une existence post mortem d'ordre larvaire, revient sur la terre pour se réincarner, selon ses mérites, en animal ou être humain.
Yama est le roi des morts.

·      La liturgie
- sacrements (samskâra) : la vie de l'Aryen de bonne caste est rythmée par les sacrements qui lui permettront de gagner le Ciel. Nombreuses cérémonies.
L'initiation : à 7 ans l'enfant avec adultes ("vraie naissance"). Doit être capable d'étudier (donc apte à sacrifier). Change d'habits, reçoit une ceinture, apprend à faire l'offrande, à réciter la sâvitri (prière solaire), quotidiennement. Doit prendre femme au terme de ses études.
Mariage devant le feu, tourne autour, oblations, emmène sa femme à la maison.
- clergé : religion védique = ni temple ni clergé. La demeure est l'espace sacré avec le feu. Chef de famille : seul prêtre. Mais les rituels étaient si nombreux qu'une partie de la besogne fut confiée à des hommes qui avaient la vocation => dynasties de liturgistes. Ce seront les brâhmanes – Recevaient une initiation (avec cordon sacré porté en permanence)
- le sacrifice : les grâces demandées par le sacrifiant ont souvent valeur collective (abondance de bétail…) Mais aussi désir de gagner le Ciel. Caractère domestique (et non "national" comme la religion impériale à Rome.)

·      Spéculations
- cosmogonies : idée que l'univers s'est progressivement constitué à partir d'un chaos originel symbolisé par l'eau sans limites. Tout est ténèbres. Ni temps ni être. Puis l'être apparaît : tel un œuf, il flotte sur l'eau. Puis il désire se multiplier. Il s'échauffe et se brise. Les 2 coquilles : ciel et terre. L'être est devenu l'Un, démiurge créant lumière, dieux, 1er homme : Yama et sa sœur Yamî qui engendrent la 1ère race humaine. Age d'or (hommes et bêtes : un seul langage). Mais dégradation… Un déluge produit par les dieux anéantit tout sauf Manu. Il lui sera accordé une femme et il repeuplera la terre.

Autre mythe interférant : démembrement d'un géant primitif. Prajâpati a fait apparaître ciel et terre, etc. puis les dieux. Ces derniers vont offrir le 1er sacrifice (prototypes de ceux à venir). Mais il n'y a pas encore d'êtres vivants. Ils immolent alors leur père, Prajâpati. En le démembrant rituellement, ils font apparaître soleil, lune, vent, feu, espace…

- Le brahman : Les diverses parties spéculatives du Veda portent l'accent non sur le démiurge, mais sur "Quelque chose" désigné par le pronom neutre tad (= Cela) identifié avec le brahman. Il s'agit d'une force cosmogonique à l'origine de toute forme, extérieure au monde donc transcendante. Il a librement choisi de venir s'y manifester. Ailleurs, il est tenu pour immanent : toujours et partout présent. Hommes et femes peuvent utiliser cette force s'ils savent comment l'atteindre. "Celui qui sait ainsi" ("ainsi" = le brahman) est supérieur aux dieux. La plus sure voie pour l'atteindre est la liturgie. Le plus important : geste ? parole ? vastes débats ! Les upanishad identifient l'absolu avec la syllabe om… sorte d'alpha et d'oméga de la religion védique.

- l'âtman : dans la croyance le microcosme (la personne humaine) est semblable au macrocosme (l'univers). Une puissance sacrée réside en l'homme. C'est l'âtman, l'âme, le souffle vital (même si les upanishad. préfèrent prâna). Le Veda dit que l'âtman entre dans le corps humain lors de l'initiation – ou du mariage, chez les filles. On trouve aussi l'idée qu'il se construit par les rites accomplis.

- le monisme : l'identification de l'âtman avec brahman implique que les dieux n'ont pas d'importance : s'ils n'ont pas l'âtman en eux, ils sont dépourvus de substance et sont sans réalité. Cette doctrine de l'âtman est probablement responsable de la mort théologique de la religion védique. Le monisme (advaita – doctrine de l'être unique, sans second) est donc bien vedânta, = "fin du Veda".

- le dualisme : dans les upanishad le monisme n'est pas la seule doctrine. Une autre se manifeste en opposant l'Esprit  et la Matière – Dieu et la Nature, purusha à prakrti. L'union de ces deux "principes" explique l'existence de l'univers. Il s'agira pour l'homme qui veut échapper à l'illusion (qui lui fait prendre prakrti – la nature – pour purusha, Principe immuable et éternel qui donne vie à prakrti) et aux renaissances, d'atteindre un état spirituel transcendant cette dialectique. Des moyens sont proposés pour cela – dont l'ascèse.

- l'ascèse : différents types d'ascèse de l'époque védique : difficile à connaître. Probables. Consistant à "atteler" intelligence, activité sensorielle et autres pouvoirs psycho-physiques de l'individu jusqu'à accéder à des états de conscience supérieurs, à délivrer l'âme de la "prison du corps". Avec les yoga on sort du védisme proprement dit.

Avec le Jina ( = "le victorieux"), fondateur du jainisme et le Bouddha (="l'éveillé"), la religion védique est pratiquement morte. Nous sommes aux 6ème et 5ème siècles av. JC.

3/ L'hindouisme : mise en place

Né de la transformation de la religion védique. Celle-ci sera désignée par le terme de "brahmanisme" qui marque l'attachement à la croyance au brahman (on le voit dans les upanishad) et aussi le rôle important de la caste sacerdotale. On l'appelle aussi hindouisme (terme venu par le truchement des musulmans. Hindu désignait les tribus du bord de l'Indus. Les idées de ces communautés se sont répandues à tous ceux qui n'acceptaient pas la religion du Prophète.

La transformation s'est aussi opérée par la substitution d'une notion à une autre ; celle de dharma à celle de rita qui se produit à partir des upanishad.

- Rita et dharma : les deux = règle, loi cosmique. Comme le védisme, le brahmanisme se fonde à une époque où toute la vie sociale et individuelle se conçoit en référence au ciel astronomique. Chaque village possède son astronome. Les connaissances étaient très poussées. Les préoccupations astrologiques apparaissent aux 1ers siècles de notre ère sous l'influence des Grecs.

Rita : désignait le monde de l'agencé (notion cosmique) à laquelle répond l'agencement du sacrifice (sur le plan humain). Entre les deux : correspondance magique (processus rituel – processus univers).

Dharma : ajoute à la notion précédente un aspect moral. C'est la Loi qui sous-tend l'univers – chaque élément le composant possédant son propre dharma. Rita est l'univers lui-même et aussi la loi du sacrifice.
Chaque partie de l'univers ayant son dharma propre, l'homme a le sien (svadharma), règle plus morale que physique. Le dharma est donc autant Loi morale que Loi cosmique. Evolution védisme à brahmanisme : le monarque assure le respect formel du sacrifice à si le monarque est vicieux, les catastrophes s'abattent sur le royaume.
è la perspective est modifiée et les rapports de l'homme au divin ne sont plus les mêmes.

- Dharma varna : devoir social. Obligations et responsabilités dans le groupe (nation, société, communauté, profession, famille…)

L'Indien des temps védiques n'envisageait guère une 2ème vie. Du jour où s'impose la conviction que chaque acte (karma) maintient l'homme dans la chaîne des existences successives (sâmsâra), le point de vue change. L'acte bon enchaîne aussi. La crainte de la transgression morale l'emporte sur la crainte de la transgression rituelle. Celle-ci est beaucoup plus difficile à éviter. Plus subtile : angoisse métaphysique.  

Une conception plus intellectuelle que religieuse se fait jour : on échappera au sâmsâra en prenant conscience que l'âme individuelle (jîva) ne se différencie pas en essence du Principe absolu impersonnel. Ainsi accède-t-on à la délivrance (mukti).

- Varna
Ces éléments constituent donc l'arrière-plan  métaphysique de l'hindouisme.
L'arrière-plan sociologique, hérité du védisme, c'est la répartition en trois varna (= castes), en fait subdivisés en une grande quantité de sous-castes. Le 4ème varna (les shudra) est lui-même très divisé.
S'ajoutent les hors-castes (impureté rituelle, remplaçant l'inexactitude rituelle).
A tous les niveaux des castes la purification s'impose en cas d'infractions.
- varna dharma: voir ci-dessus
- ashrama dharma : voir ci-dessous

- Ashrama
Aux quatre castes correspondent les quatre "états de vie" (ashrama). Il s'agit des étapes par lesquelles un hindou devrait passer :
·      brahmacharya : moment des études (veda, up., etc.) Célibat. Discipline. Dévotion au guru. Ablutions, récitations (Gâyâtri : "Puissions-nous recevoir cette lumière éminente du dieu Savitar, afin qu'elle aiguillonne nos pensées"), prânâyâma…
·      grihastha (ou gârhasthya) : chef de famille (25-50 ans environ), gagne de l'argent et en distribue. Education des enfants. Dévouement.. Mariage : amour endure tout. La pratique spirituelle ne cessa pas. (puja, etc.)
·      vânaprastha : anachorète, vit en ermite dans la forêt avec sa femme. A abandonné ses richesses et la vie sociale. Va chercher sa propre identité.
·      sannyâsa : a renoncé à sa femme et à son ermitage. Moine errant, mendie sa nourriture. Cherche la Réalisation. Il ne s'agit donc pas d'une désertion.

Varna est déterminé par le passé. Ashrama est déterminé par les stades différents de la maturité physique et spirituelle.
L'essentiel consiste à faire d'abord son devoir – suivre son dharma. (Cf. le sadhu qui sauve le scorpion qui le pique plusieurs fois : à chacun son dharma.)
Le dharma du feu est de brûler.

Notons ici les 4 objectifs humains :
- dharma (au sens de "justice" – action juste)
- artha (richesse)
- kama (plaisir)
- moksha (libération)

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Pour compléter : Ed. PUF, collec. "Que sais-je ?" (Louis Renou) : L'Hindouisme

                                                                                                G D






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