Rencontre sur le Mékong

samedi 19 janvier 2013

MIEUX COMPRENDRE LES UPANISHAD (4) - Mundaka Upanishad


Mundaka Upanishad (La traduction de référence est celle revue par J. Herbert et contenue dans Trois Upanishad de  Shrî Aurobindo, Albin Michel)

La Mundaka Upanishad est rattachée à l'Atharva-Veda. "Mundaka" désigne l'homme tonsuré (moine renonçant au monde).

Deux oiseaux qui disent beaucoup...



Les idées contenues dans cette Upanishad :

Premier Mundaka
Chapitre I
Versets 1 à 4 : Brahmâ transmet le premier ce qu'est le Brahman. C'est le sage Angiras qui déclare double la nature de Sa connaissance : inférieure et supérieure.
Versets 5 à 9 : la connaissance inférieure est de type intellectuel, mental. La connaissance supérieure est celle par laquelle on connaît l'Inconnaissable (cf. la Kena Upanishad) de qui procède le foisonnement de la création : tout est issu de Lui.
Chapitre II
Versets 1 à 7 : les œuvres, le sacrifice rituel, sans être inutiles, ne suffisent pas à atteindre l'Immortalité.
Versets 8 à 10 : croire que les œuvres constituent l'accès suprême au "Paradis" (= la Connaissance) est ignorance pure.
Versets 11 à 13 : en revanche, l'ascète qui ne s'attache pas au monde phénoménal (auquel appartiennent les rites), le sage qui agit en vue d'une transformation de tout son être, celui-là peut connaître Brahman.

Deuxième mundaka
Chapitre 1
De l'Esprit divin naît l'univers physique, vital, mental et tout ce qui s'y rattache. Le principe premier de cet univers est en nous : celui qui le réalise est libéré (verset 10)

Chapitre 2
Versets 1 à 4 : Tout ce qui vit procède de Brahman. Pour L'atteindre nous devons utiliser toutes nos facultés d'énergie, de pensée, d'adoration, nous faire à la fois archer, arc et flèche, nous perdre dans la cible - nous fondre en l'Eternel.
Versets  6 à 11 : l'Eternel est en tout mais demeure au-delà de tout. Tout est Brahman.

Troisième mundaka
Chapitre 1
Versets 1 et 2 : apologue des deux oiseaux. L'un mange les fruits de ce monde phénoménal ; l'autre observe : c'est l'âme qui est du côté de l'Essence.
Versets 3 et 4 : celui qui connaît le Seigneur n'est plus impliqué par l'agir qui lui devient dès lors inutile.
Versets 5 et 6 : cet état libéré se conquiert par la quête de la Vérité et par une vie sainte.
Versets 7 à 10 : seule la pureté absolue permet de contempler l'invisible Suprême en Soi (= Âtman).

Chapitre 2
Versets 1 et 2 : la connaissance de Brahman suppose l'absence de désirs.
Versets 3 à 6 : elle ne peut s'acquérir par l'intelligence ni par la passivité ni par les austérités artificiellement imposées mais par l'effort juste et le renoncement. La libération est à ce prix.
Versets 7 à 11 : l'homme libéré - le sage - rejoint le Suprême, se fond en Lui et acquiert l'ultime délivrance.

Le message
Par l'action (mais pas pour l'action), grâce à la vigilance (être conscient du "je suis") je peux réaliser l'Être qui est en moi. Je dois pratiquer la discipline tout en sachant que celle-ci ne m'attire aucun mérite ; mais elle épuise mon désir d'action. Je dois méditer tout en sachant que la méditation n'est pas tout ; elle m'aide à prendre conscience de ma véritable nature. Si je découvre cette nature (Brahman) je suis alors libéré de toute limitation, de toute peur.

Sa portée
Dans cette Upanishad comme dans les deux précédentes (surtout la Kena) apparaît la question on ne peut plus métaphysique et centrale du Brahman et de l'Âtman.

Le Brahman c'est l'Être pur, la Réalité ultime, non affectée, inconnaissable. Omniprésente elle est donc en nous et prend le nom d'Âtman. En prendre conscience nous permet de prendre conscience du Brahman et ainsi de nous libérer des erreurs dans lesquelles l'ego (qui masque cette véritable nature) nous précipite.

L'Âtman n'est pas le moi empirique, ni la personnalité phénoménale ou sociale. C'est en fait le Soi, source impersonnelle de la personnalité, substrat subconscient des phénomènes de la conscience. Le Brahman est donc lui aussi un subconscient "qui ne pense pas par le mental et par quoi le mental est pensé" (Kena Upanishad).

Ce subconscient ne peut être que sujet et jamais objet de connaissance. C'est pourquoi les Upanishad le définissent plutôt négativement : il est être sans qualificatifs. C'est pourquoi l'esprit (le mental, l'intelligence) ne peut le nommer, l'exprimer, l'observer. Il ne peut que le saisir intuitivement, s'immerger en lui, se fondre en lui en une communion de nature mystique.
Se fondre dans le Brahman c'est rejoindre l'Essence de tout ce qui existe (= de ce qui est "hors de" lui). Les catégories habituelles ("dehors-dedans", "bien-mal", etc.) sont alors transcendées et, pour le voyant, pour le sage,  n'existent plus ni personnalité, ni monde extérieur. La conscience individuelle a pénétré la subconscience cosmique. Le salut (moksha) est alors atteint : l'Âtman s'est identifié au Brahman (s'est reconnu comme étant lui, pourrait-on dire). Dès lors l'engrenage du karman cesse de fonctionner.  
On retrouve une idée centrale de la Bhagavad-Gîtâ : le rôle de l'action ("œuvres"). Celle-ci doit rester un moyen et ne pas devenir une fin. Chaque action est un véhicule assurant notre traversée vers l'Être, une flèche tendant vers la cible ultime.

Pour agir sans nous enfermer dans l'action, les rites, les prières, les bienfaits, etc., il nous faut être très vigilants. C'est-à-dire  attentifs à la présence de l'Être en nous. Pour que soit mise en évidence cette présence, il faut nous mettre en mouvement, agir afin de l'actualiser dans notre manière d'exister avec autrui. En effet, tant que nous ne sommes pas libérés nous ne pouvons pas ne pas agir. Nous sommes forcément dans la dualité. A nous d'utiliser cette dualité pour aller vers l'union, l'unité. Cela paraît absurde mais ne l'est pas car le Divin est déjà en nous et notre séparation d'avec Lui n'est qu'apparente. Cette dualité si douloureusement perçue est issue de l'unité et nous pouvons l'y ramener par les œuvres (tout le yoga vise cette restauration de l'unité originelle). L'erreur est de considérer la dualité comme effective, réelle, inhérente à notre essence même.
L'effort est nécessaire; non pas comme nostalgie ou comme projet mais comme attitude permanente, inscrite dans chaque instant. Cet effort consiste essentiellement à nous sentir "accompagné" en permanence par l'Être qui est déjà en nous et dont nous pouvons nous rapprocher jusqu'à ce que nous réussissions à l'atteindre - comme la flèche atteint la cible.

                                                                                                 G D                                                                                                                  


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