Rencontre sur le Mékong

vendredi 18 janvier 2013

EXTRAITS DE LA BHAGAVAD-GÎTÂ avec références

Concepts métaphysiques illustrés par des citations de la Bhagavad-Gîtâ

Quelle représentation les hindouistes se font-ils du Divin ? Leur "bible" le dit avec force et poésie... 


Traduction de Shri Aurobindo (Ed. A. Michel). Sous chaque chapitre les numéros renvoient aux "sloka" (versets) de l'ouvrage.

Désolé pour la mise en page... pas réussi à faire mieux.

1/ LE DIVIN : COMMENT SE DEFINIT-IL DANS LA BHAGAVAD-GÎTÂ ?

Ch. VII     6 "Je suis la naissance du monde entier et donc aussi sa dissolution."
7  "Au-delà de Moi […] rien ne règne suprême."
8   "Je suis la saveur dans les eaux […], la lumière […], Je suis pranava […], le son […], la virilité dans les hommes."
9    "Je suis pure senteur dans la terre, énergie de lumière dans le feu […], la vie en toutes les existences […], l'intelligence […], l'énergie…"
10 "… le germe éternel de toutes les existences […], l'intelligence […], l'énergie."
11   "… la force du fort exempt de désir et d'attraction […], le désir qui n'est pas contraire au dharma…"
19   "… Vâsudeva, l'Être omniprésent, est tout ce qui est."
24 "Les petits esprits […] ne connaissent pas Ma nature d'être suprême, impérissable, d'une absolue perfection."
25  "Je ne suis pas non plus révélé à tous."
26  "Je connais toutes les existences passées, présentes et futures […] mais Moi, nul encore ne Me connaît."
Ch. IX    16 - 19 "Moi, l'action rituelle… le sacrifice… l'oblation… l'herbe qui donne le feu, le mantra… le beurre… la flamme… l'offrande… le Père de ce monde, la Mère, l'Ordonnateur, le premier Créateur, l'objet de la Connaissance, la syllabe sacrée Aum et aussi [les Veda], la voie et le refuge, le bienveillant ami […] le naissance de l'État et la destruction de l'existence apparente […] la semence impérissable de tous les êtres…
            Je donne la chaleur, Je retiens et J'envoie la pluie, l'immortalité et aussi la mort, l'existence et la non-existence Je suis, ô Arjuna."
Ch. X          2 - 8 Le Bienheureux poursuit l'énumération de tout ce qui procède de Lui : "compréhension… libération de l'ignorance, pardon et vérité… domination de soi… affliction et plaisir… peur et intrépidité… gloire et ignominie…"
12 -15 Arjuna comprend cette révélation et reprend par des mots ce qu'il a intégré :
"Tu es le suprême Brahman, la suprême Demeure, la suprême Pureté, le Permanent unique, le divin Purusha, la Divinité originelle, le Non-né… toi seul Te connais par Toi-même."
19 - 42 Le Seigneur énumère la liste de ses Vibhûti (pouvoirs), signes de sa force divine. L'énumération suit un ordre ascendant. "Je suis le commencement et le milieu et la fin de tous les êtres… le mental… la conscience… [les dieux]… Aum… le divin foudre… la vache d'abondance… la lettre A… le Temps… la mort… la naissance… Krishna… Vyasa… la souveraineté…"
Notons dans cette énumération apparemment désordonnée : "Je suis le silence des choses secrètes et le savoir de celui qui sait" (38)
Le Bienheureux termine : "Je suis ici en ce monde et partout, Je supporte cet univers entier avec une parcelle infinitésimale de Moi-même" (42)
Ch. XI 5 - 31 "Contemple […] Mes centaines et Mes milliers de formes divines."
Suit alors une nouvelle énumération de ce que Arjuna est capable de voir : "Je vois tous les dieux ensemble dans Ton corps… Tout l'espace entre terre et cieux est occupé par Toi seul…"
Viennent alors des visons "anatomiques" : bouches, mâchoires, dents puissantes du dieu qui crée, perpétue et détruit.
Ch. XIV   27 "Je suis la base du silencieux Brahmâ, de l'immortalité et de l'existence spirituelle impérissable, du dharma éternel et d'une entière félicité de bonheur."
Ch. XV      7, 12 - 19 Retour de définitions déjà énoncées. Relevons toutefois : "Je suis logé dans le cœur de tous […] Celui qui n'est pas dans l'erreur et qui me connaît ainsi comme Purushottama (= le Moi suprême) celui-là M'adore avec une reconnaissance complète."(19)

2/ LE BRAHMAN

Ch. VIII    20 - 21 "[Le] non-manifesté n'est pas la divinité originelle de l'être ; il y a un autre état de son existence, un non-manifesté supra-cosmique par-delà cette non-manifestation cosmique […] qui n'est pas contrainte de périr quand périssent tes les existences.
                On l'appelle le non-manifesté immuable…"
Ch XIII   13 "Le Brahman éternel suprême qu'on n'appelle ni Sat (existence) ni asat (non-existence)."
13-18 "… Il emplit et enveloppe ce monde entier. Il est l'Être universel et nous vivons dans son embrassement […] Tous les sens et leurs qualités sont de Lui le reflet, mais Il est sans eux ; Il est non-attaché, et cependant de tout le support ; Il jouit des gunas, quoique non-limité par eux.
Ce qui est en nous est Lui […] Il est l'indivisible et Il est l'Un, mais semble Se diviser en formes et en Créatures, et apparaît comme chacune des existences distinctes. Tes choses éternellement naissent de Lui, sont maintenues en Son éternité, éternellement reprises en Son unité…
Il est la connaissance et l'objet de la connaissance. Il siège dans le cœur de tous."
Ch XIV   4 "Quelles que soient les formes produites par quelque matrice que ce soit […] le Mahat Brahman est leur matrice…"
Ch. XV   11 "Les yogins qui s'efforcent voient en eux-mêmes le Seigneur ; mais les ignorants, bien qu'ils s'y efforcent, ne Le perçoivent pas…"

3/ LE DIVIN EN L'HOMME

Ch. X     20 "Je suis […] le Moi qui siège au cœur de toutes les créatures." (= XV, 15)
Ch. XIII  24 "Celui qui connaît ainsi le Purusha et la Prakriti avec ses qualités, de quelque manière qu'il vive et agisse, il ne renaîtra pas."
           25 "Cette connaissance vient par une méditation intérieure à travers quoi le Moi éternel devient pour nous apparent dans son existence propre."
             Les différents yoga sont les voies qui mènent à cette Connaissance.
            30 "Celui qui voit que toute action est faite en vérité par Prakriti et que le Moi est le témoin inactif, il voit."
          32 "… le Moi suprême et éternel, non limité par les qualités, le Moi suprême impérissable, bien qu'il soit logé dans le corps […] n'agit pas, ni n'est affecté."
              Cependant n'importe qui n'a pas accès à cette vision de la Réalité :
Ch XVII    15 "Ceux qui font le mal n'atteignent pas à Moi […] car la connaissance leur est dérobée par Mâyâ…"
           25 "Je ne suis pas non plus révélé à tous, enveloppé que je suis dans ma Yogamâyâ ; ce monde égaré ne me connaît pas, Moi le non-né, l'impérissable."
          D'autres sloka évoquent l'ignorance qui empêche les hommes de réaliser le Divin (XVI, 18 et XVII, 6 par exemple).
          Percevoir le Divin exige de se libérer de Mâyâ, c'est-à-dire des attachements, désirs, dualités (joie-peine, etc.) comme il est dit en XV, 5.

4/ LE KARMA

A/ L'ETERNITE
Ch. II      12 "… il n'est pas vrai non plus qu'aucun de nous doive jamais, dans l'avenir, cesser d'être."
14  "Comme l'âme passe physiquement à travers enfance et jeunesse et vieillesse, ainsi passe-t-elle à travers les changements de corps…"
15  " Ce qui réellement existe ne peut cesser d'exister."
16-27 "… qui peut tuer l'esprit immortel ? Les corps limités ont une fin, mais ce qui possède et emploie le corps est infini, illimitable, éternel, indestructible…
Ceci ne tue pas ni n'est tué.
Ceci ne naît ni ne meurt […]
L'âme incarnée rejette les vieux corps et en revêt de nouveaux […] Stable éternellement, immobile, pénétrant tout, elle est pour toujours et à jamais.
Elle est non-manifestée, elle est impensable, elle est immuable […] Car certaine est la mort pour qui est né, et certaine la naissance pour qui est mort ; c'est pourquoi ce qui est inévitable ne devrait te causer d'affliction."
Mêmes idées : VII, 26 ; VIII, 19 ; XIV, 19.

B/ PROCESSUS
Ch. VI         41 - 43 "… celui qui tomba du yoga renaîtra dans une maison de purs et de glorieux. Ou bien il peut renaître dans la famille du sage yogin […] Là il recouvre l'état mental d'union (avec le Divin) qu'il avait réalisé dans sa vie précédente ; avec quoi de nouveau, il s'efforce vers la perfection […] Par sa pratique précédente il est irrésistiblement poussé…
Ch. VIII       6 "Quiconque à la fin abandonne le corps, attachant sa pensée sur quelque forme d'être, celui-là atteint […] à la forme dans laquelle l'âme croissait intérieurement, à chaque instant, dans sa vie physique."
Ch. XVI       19 "Ces orgueilleux qui haïssent [le bien et Dieu], mauvais, cruels, les plus vils parmi les hommes de ce monde, Je les jette sans cesse en de nouvelles naissances asuriques."

C/ SORTIR DU SAMSÂRA
Ch. VII   19 "Après de nombreuses naissances, l'homme de connaissance atteint à Moi. Très rare est la grande âme qui sait que […] l'Être omnipotent est tout ce qu'il est."
Ch. VIII    15 - 19 "… ces grandes âmes ne reviennent pas à la naissance, condition transitoire et pénible de notre être mortel…"
                  "…il n'est point imposé de renaissance à l'âme qui vient à Moi." (cf. aussi VII, 30)
Ch. XIV      14 "Si l'incarné s'en va à la dissolution quand sattva domine, alors il parvient aux mondes sans tache de ceux qui connaissent les principes suprêmes."
               15 "Celui qui s'en va à la dissolution quand prédomine rajas renaît parmi ceux qu'attache l'action ; s'il se dissout pendant que croît tamas, il renaît dans les matrices d'êtres enveloppés de non-connaissance."
                Assez proche : l'opposition entre "dévique" et "asurique" : XVI, 6 à 20.
Ch. VIII     23 - 26 "Le moment où les yogins partent pour ne pas revenir, et aussi le moment où ils partent pour revenir, ce moment, Je vais te le dire […] Ceux qui connaissent le Brahman vont au Brahman, mais par le second le yogin atteint "la lumière de lune" et retourne ensuite à la naissance humaine.
                  Ce sont deux voies, la lumineuse et la sombre […] Le yogin qui les connaît n'est induit en aucune erreur…" 
            
                                                                                                      G D 







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